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Axe 4 : Mobilités et échanges

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Avec l’axe 4 « Mobilités et échanges », l’IHMC s’inscrit au coeur des importants renouvellements historiographiques des dernières années en histoire globale et transnationale. La mise en place, à la rentrée 2016, du master d’histoire transnationale (ENS-Ecole des Chartes), dans lequel nombre de membres de l’IHMC sont pleinement investis, ainsi que les nombreuses collaborations avec le LABEX TransferS, viennent témoigner des potentialités en termes d’enseignement et de recherche de ces domaines pour le laboratoire. La spécificité des recherches menées à l’IHMC tient sans doute à la dimension européenne des recherches, qu’il s’agisse d’analyser les circulations à cette échelle ou de ré-inscrire l’espace européen dans des dynamiques plus globales. Elles se déclinent en trois thématiques principales.

Premièrement, l’histoire des échanges commerciaux, qui comprend l’histoire des produits et de leur circulation, des réseaux marchands qui les organisent et des formes matérielles et comptables qui les encadrent. Elle est abordée à plusieurs niveaux dans une perspective de longue durée qui concerne en priorité la période moderne. Cet ensemble de recherches propose une histoire de certains produits (draps, toiles, teintures, céréales, plantes…) ; des flux bancaires et financiers (notamment le change), qu’ils soient connectés à la circulation des marchandises et aux besoins des États, ou qu’ils se développent de façon autonome en prenant la forme d’une première « financiarisation » de l’économie ; des acteurs, des firmes et des réseaux marchands qui organisent ces flux. L’approche prend en compte tout à la fois la sociologie des opérateurs, les formes d’organisation auxquelles ils recourent (types de sociétés et de firmes, usage de la commission), ainsi que les modes de gestion utilisés (notamment les pratiques comptables et leur adaptation aux spécificités des marchés). Une réflexion sera menée sur les formes d’« institutionnalisation » du marché (courtage, prix et cours courants, expertise) et le développement de nouvelles pratiques d’échange (les enchères).

Les circulations constituent le deuxième centre d’intérêt de l’axe. Cette thématique concerne plusieurs domaines. Les circulations savantes sont abordées à la fois par l’étude des mobilités universitaires (bourses de mobilité étudiante, histoires de l’Université Paris 1 et de la Cité internationale universitaire) et celle des savoirs scientifiques (mathématiques, physique mais aussi sociologie, histoire de l’art…). L’étude des circulations techniques porte tant sur les hommes qui les portent (artisans, ingénieurs, courtiers) que sur la spécification des savoir-faire eux-mêmes (statistiques, crédit, législation commerciale). Quant à la circulation des informations, elle est envisagée du point de vue des savoirs d’État considérés à la fois au prisme de l’élaboration de l’information commerciale dans les accords diplomatiques et des mobilités d’archives et de matériaux écrits. En outre, un pôle conséquent est consacré aux circulations artistiques et culturelles. Ici, la focale s’élargit à l’échelle mondiale notamment à travers l’étude des transferts des artefacts extra-européens vers l’Europe depuis 1700, l’expansion internationale du modèle de l’exposition, les trajectoires des artistes, des oeuvres et la géopolitique mondiale de l’art. Ces circulations sont notamment envisagées au prisme de la matérialité de l’écrit et de l’imprimé à travers des enquêtes sur l’analyse des correspondances d’artistes à partir de l’observatoire romain aux xviiie et xixe siècles, l’étude des traductions et de « la cohabitation des langues » dans la page des xviie au xixe siècle ou encore l’histoire de la structuration transnationale du marché du livre et de la littérature (Bureau international de la propriété intellectuelle de Berne).

L’histoire des migrations constitue un troisième champ de recherches qui ambitionne de réfléchir aux évolutions des formes de mobilités humaines entre période moderne et contemporaine. Ces recherches s’efforcent de jouer avec les échelles de ces migrations : elles s’attachent à reconstituer les trajectoires individuelles et collectives (trajectoire d’Ahmed Khan, voyageur indien entre l’Inde, l’Empire ottoman et la France révolutionnaire ; monographie sur un lettré juif itinérant, fauteur de troubles, devenu sans doute hébraïsant chrétien vers le milieu du xviiie siècle, David Aboab ; étude du naufrage de « Turcs » survenu en 1716 au large de la Sicile et ses implications ; histoire des migrations corses vers l’Espagne, l’Italie, l’Afrique du nord et le Levant ottoman entre le xve et le xviiie siècles ; prosopographie des migrants juifs du shtetl de Lubartow entre 1920 et 1950).

Les sources administratives et judiciaires mobilisées dans ces enquêtes ne sont pas seulement un moyen d’appréhender ces parcours mais s’insèrent au coeur d’une réflexion collective sur les processus d’identification et de traitement de l’étranger au cours des périodes moderne et contemporaine. Cette réflexion interroge le processus de structuration des réseaux marchands via les appartenances militaires et les conversions religieuses. Elle se penche sur le rôle de certaines institutions dans la résolution des conflits, locaux et supra-locaux (tribunal juif des massari de Livourne au xviiie siècle). Elle comprend aussi l’étude transnationale des droits et des pratiques administratives : l’histoire diplomatique de l’hospitalité dans l’Europe moderne, celle des politiques d’accueil des exilés politiques au xixe siècle ou celle des acquisitions et retraits de nationalité dans l’Europe et la Turquie du premier xxesiècle. L’ensemble de ces travaux contribue à montrer comment la construction des assignations identitaires, comme catégorie identificatoire et instrument politique, pèse sur les migrations internationales mais aussi comment les migrations redéfinissent les termes et formes des appartenances religieuses, locales et nationales.

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