Accueil > Recherches > Les axes de recherche > Axe 2. Réformes, révolutions et formes du religieux et du politique

4 - Dissidences et citoyennetés

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La notion de dissidence ou d’hérésie est à la fois religieuse mais aussi politique dans la mesure où les sociétés se pensent souvent à l’aube des temps modernes comme un corps mystique où rituel religieux et rituel civique ou monarchique sont étroitement associés et confondus. Le dissident est criminalisé et le crime de lèse-majesté amalgame souvent l’offense à Dieu à celle au roi.

Un premier champ d’investigation consiste à explorer comment se construit l’exclusion de ce champ politico-religieux. La définition du dogme et de son contraire, l’hérésie, sont des processus intellectuels et institutionnels sur lesquels travaillent T. AMALOU et I. BRIAN.

L’étude de la faculté de théologie pendant les troubles, l’étude sur les jansénistes, sur la prédication, son contrôle ou son pouvoir de sédition, abordent largement la notion de conformisme religieux et social.

En même temps, la présence de cette dissidence a conduit les autorités, en France comme en Angleterre ou dans l’Empire, étudié par C. GANTET, à autonomiser l’État et le politique de l’Église et du champ religieux. Régler les affaires de la cité terrestre à hauteur d’homme a été le grand projet humaniste que les guerres de religion, loin d’occulter, ont rendu plus nécessaire. Une interrogation sur la citoyenneté au temps où la plupart des Européens sont des sujets, et même de plus en plus avec l’effacement des républiques et communes italiennes, est un moyen de poser la question de l’évolution de la notion de citoyenneté. Quel rapport entretient-elle avec les libertés locales ou sociales, entendues comme privilèges, ou avec les droits et les devoirs ? Quel équilibre entre libertés et ordres dans des sociétés d’ordres qui sont néanmoins travaillées par l’essor de l’autonomie des individus, favorisée par les fractures religieuses et l’autonomisation de champs comme l’art ou la littérature, même si cette singularisation s’épanouit souvent à l’ombre de la dépendance commensale ?

Il existe aussi des exclus de la citoyenneté, depuis les esclaves jusqu’aux femmes en passant par les animaux (P. SERNA). L’avènement de la république ne pose pas seulement la question objective des critères à accumuler pour devenir citoyen mais pose ontologiquement la question de la nature de l’étant dans sa capacité à accéder à l’être républicain. C’est dans cette perspective d’histoire politique que peut être interrogé l’agrandissement du cercle de la citoyenneté et les tensions qu’elle crée lorsque le « nouveau » est reconnu, soumis, puis accédant à l’humanité, se révolte. Des indiens révoltés à l’Enfant sauvage se constitue un paradigme du politique peut-être le plus original de la civilisation qui se construit durant ces cinq derniers siècles : la révolte comme prémisse de la révolution (J.-L. CHAPPEY).

Ainsi les patriotes italiens du XIXe siècle vont à leur tour appréhender ces expériences politiques, culturelles, philosophiques, dans une expérience où la naissance de l’Italie structure un combat qui met en jeu une réflexion identitaire autant qu’une internationalisation de l’amitié comme sentiment fédérateur et militant à la fois, où la question de l’égalité effective comme résultante politique de tous les débats précédents émerge et s’installe durablement dans la gauche européenne (G. PÉCOUT et le projet ANR Fraternité internationale).

La réflexion peut être également poussée dans une autre direction en posant les conditions d’une approche politique des animaux dans la construction des identités des sujets et des citoyens. Il s’agit de prendre en considération les discours littéraires, scientifiques, moraux, politiques et de comprendre comment la construction des rapports de domination et d’exploitation du monde animal a pu aussi induire des construction des modes de représentation de la société politiques qui à l’âge de l’esclavage généralisé et de l’organisation de la plus grande déportation de peuples africains, n’a pu qu’induire des modes de représentations précis dans les rapports économiques et sociaux entre ceux qui étaient perçus comme des bêtes de somme et ceux qui étaient définis avant tout par leur humanité. Ces champs, encore exploratoires, sur l’animal en politique à la fin du XVIIIe siècle, pourraient envisager une réflexion sur la frontière homme/animal dans la construction d’une science républicaine, jamais pensée, entre 1789 et 1802 par exemple, sans lien avec la politique. Dans cette perspective des limites du cercle de l’humanité et de ses implications, c’est aussi toute la période 1750-1850 qui doit être intégrée car le souci du vivant, lié au combat contre l’abolition de l’esclavage par exemple, pose aussi la question des transferts d’idées et de pratiques politiques conduisant à une nouvelle thématique (P. SERNA). La réflexion sur le long terme et sur le monde colonial américain (G. SALINERO, F. RÉGENT) alimente ce chantier sensible.

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