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BANAKAS Anne-Sophie

Sujet de thèse : « Les portraits de Marie-Thérèse : échange et pouvoir entre la souveraine et les élites politiques de la Monarchie ».

Directeurs de thèse : Christine Lebeau et Thomas Maissen (Universität Heidelberg).

Date de soutenance : 9 janvier 2016.

Composition du jury : Christine Lebeau (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - IHMC), Thomas Maissen (Ruprecht Karls Universität Heidelberg), Beatrix Bastl (Universitätsarchiv der Akademie der bildenden Künste Wien), Marie-Elizabeth Ducreux (EHESS-CRH), Sven Externbrink (Ruprecht Karls Universität Heidelberg) et Sylvène Edouard (Université Jean Moulin Lyon 3 - LARHRA).

 

Résumé des recherches

Etude de la représentation de Marie-Thérèse d’Autriche à partir de ses portraits d’apparat
 A partir d’un corpus de deux cent vingt et un portraits répartis principalement dans les anciens territoires de la Monarchie des Habsbourg (Autriche, Royaumes de Hongrie et de Bohême, mais aussi les Pays-Bas autrichiens ainsi que certains territoires italiens), réalisés entre la naissance de Marie-Thérèse en 1717 et sa mort en 1780, une base de données a été mise en place, qui a permis d’analyser l’importance des portraits de Marie-Thérèse au sein des pays de la Monarchie. Tour à tour, archiduchesse d’Autriche, puis « roi » de Hongrie et de Bohême, épouse et mère des empereurs du Saint Empire Romain Germanique, François Ier et Joseph II, impératrice-veuve, les types de portraits diffusés tout au long du règne et de la vie de Marie-Thérèse sont à chaque fois liés à des contextes et des publics précis.

 Malgré la Pragmatique Sanction de 1713 censée garantir l’accès au trône de la fille aînée de Charles VI, l’arrivée au pouvoir de Marie-Thérèse en 1740 est tout de suite remise en cause et marquée par de nombreuses contestations externes comme internes. Les guerres marquent les vingt premières années du règne de Marie-Thérèse, qu’il s’agisse des guerres de Succession d’Autriche ou de la guerre de Sept ans. Même l’allégeance des élites de la Monarchie n’est jamais une chose totalement acquise. Le souverain est pourvu de deux corps[1], l’un naturel et mortel, l’autre politique et immortel, incarnation de l’idée d’Etat. Comme le roi ne peut être présent en personne en tout lieu et en tout temps, il doit être dédoublé par l’image. Au cours du temps, l’image royale se confond alors avec la figure de l’entité monarchique et étatique. La mise en place de la figure royale permet celle de l’Etat. La formation étatique sous le contrôle de la Monarchie est encore fragile et nécessite un certain nombre de rituels ; la commande et le don de ces portraits royaux apparaît ainsi comme l’un d’entre eux.

 Dans le contexte conjoncturel de la situation personnelle de Marie-Thérèse ainsi que dans le contexte structurel de la Monarchie des Habsbourg au cours du XVIIIe siècle, l’image de la souveraine apparaît comme un enjeu de taille pour la souveraine elle-même, comme pour les élites de la Monarchie (nobles de récente ou d’ancienne noblesse, élites urbaines et ecclésiastiques) ainsi que pour les peintres qui permettent la réalisation des portraits. L’élaboration de l’image d’une femme qui est aussi « roi » puis impératrice-veuve offre un riche répertoire d’images qui agit d’autant plus efficacement qu’il s’agit de mettre en place une figure particulièrement forte et reconnaissable du pouvoir central. Tout au long des quarante années de son règne, les portraits de Marie-Thérèse peuvent être considérés comme des marques de ralliement, ralliement à la Maison d’Autriche et surtout à la personne de la souveraine. Les motivations des acteurs qui commandent des portraits royaux sont diverses. Toutefois, il s’agit dans l’ensemble d’un hommage rendu à l’entité considérée comme dominante. La construction de l’Etat nécessite la présence constante de l’image royale, et engage autant la souveraine que ceux qui y exposent son portrait.

 L’objectif de notre travail fut de rassembler les portraits de Marie-Thérèse pour les analyser sous l’angle de la production (avec l’analyse des peintres), sous celui de leur localisation (pays, institutions, emplacement particulier au sein d’une pièce), et des occasions de la commande et/ou de l’envoi des portraits. Enfin, les tableaux ont été également étudiés sous l’angle de leur contenu iconographique, contenu qui évolue au cours des quarante années du règne et reflètent ainsi les divers enjeux des périodes comme des publics auxquels les tableaux sont destinés.

 L’analyse des portraits sous ces différents angles aide à appréhender les rapports de la souveraine avec ses élites, comme des élites entre elles et avec le pouvoir royal habsbourgeois. Il est possible d’en conclure à une interdépendance des acteurs entre eux, que cela passe par le choix d’un réseau de mêmes peintres, ou que cela relève des mêmes occasions de commander et/ou de recevoir des portraits royaux, ainsi que dans les types de portraits diffusés qui sont assez homogènes.



[1] Voir Kantorowicz Ernst, The King’s two Bodies : A study in Medieval Political Theology, Princeton : Princeton University Press, 1957.

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