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Dénaturalise-t-on en fonction de la profession ?

La profession est systématiquement indiquée dans les dossiers de naturalisation. Elle constitue un indice aisément repérable, et mécaniquement reporté sur les petites feuilles d’évaluation dressées par les magistrats rapporteurs de la Commission de révision des naturalisations. Elle apparait nettement discriminante lors des procédures (tableau 16).

Tableau 16. L’avis de la Commission selon la profession

 

Enquête

Maintien

Retrait

Total général

Journalier

15

17

 

32

Agriculteur-Cultivateur

4

27

 

31

Ouvrier

61

127

4

192

Chauffeur

9

10

 

19

Contremaitre

2

6

 

8

Employé

9

17

1

27

Professions intellectuelles

5

6

4

15

Tailleur

13

3

3

19

Artisan-commerçant

43

41

8

92

Divers

5

9

 

14

Sans profession

3

9

 

12

Total

169

272

20

461

Source : échantillon de 461 dossiers de naturalisation enregistrés au bureau du Sceau entre 1927 et 1940 et examinés par la Commission de révision des naturalisations.
Il s’agit du premier avis. Les nombres colorés mentionnent les écarts statistiquement significatifs (Chi2).

Les orientations agrariennes de l’État français comme l’attachement, viscéral, à la valeur de la terre, qui « elle, ne ment pas » et dont se réclame Philippe Pétain, le « maréchal-paysan », se concrétisent dans la clémence de la Commission à l’égard des naturalisés du monde agricole. Les agriculteurs-cultivateurs obtiennent, pour plus des quatre cinquièmes, un avis de maintien dans la nationalité. Les ouvriers bénéficient également d’une certaine bienveillance, puisque deux tiers d’entre eux sont maintenus au terme de l’examen de leur dossier dans la nationalité française. En revanche, d’autres professions sont particulièrement stigmatisées. Les professions indépendantes font, notamment, l’objet d’une grande méfiance. Les avis d’enquête ou de retrait se multiplient à l’égard des commerçants et des artisans, dans un contexte de suspicion vis-à-vis de ces professions qui, pour reprendre l’expression alors en vigueur, et relevée maintes fois dans les dossiers, ne présentent « aucun intérêt du point de vue de l’économie nationale ».

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