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Race et sang dans les sources depuis le xviie siècle : le cas de la France et de ses colonies

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Illustration du colloque

Vendredi 24 (École normale supérieure, 45 rue d’Ulm) et samedi 25 janvier 2020 (centre Panthéon de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 12, place du Panthéon, Paris 5e).

Participation libre dans la limite des places disponibles. Pré-inscription nécessaire auprès de Marine.Nagapin@etu.univ-paris1.fr, chargée de communication du colloque. 

Contact : Frédéric Régent, Maître de conférences à l’école d’Histoire de la Sorbonne, IHRF-IHMC (CNRS, ENS, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).
Frederic.regent@univ-paris1.fr 

6e rencontres du Grand séminaire d’histoire des Outre-mer, organisées par l’Association d’étude de la colonisation européenne (APECE) avec le soutien du Conseil Régional d’Ile-de-France, de la Dilcrah (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine LGBT), de l’Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine (CNRS, Ecole normale supérieure, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), du fonds de dotation Henri Grégoire Germain Porte, et de la fondation esclavage et réconciliation (FER).

Au cœur d’une controverse relative à sa suppression de la Constitution de 1958, le terme de race (qui a en revanche disparu de la législation du travail), fait aujourd’hui débat dans le champ des sciences sociales et humaines. Il peut être légitime dès lors de s’interroger sur son usage au sein de la société française (y compris ses colonies, puis ses Outre-mer) depuis le xviie siècle. Aujourd’hui, certains chercheurs projettent la catégorie de « race » comme la matrice des rapports sociaux au sein des colonies esclavagistes françaises puis post esclavagistes et par effet de vase communiquant sur le territoire continental en usant de concepts importés d’autres situations coloniales comme le « racisme systémique, d’État ou structurel ». Prenant en compte les singularités économiques, sociales et culturelles spécifiques à l’Hexagone et à ses Outre-mer dans la diachronie, d’autres pensent que cette catégorie ne constitue qu’une variable de ces sociétés voire une conséquence.

Ce colloque a pour but d’analyser dans les sources les usages du terme de race, dans le contexte français depuis le xviie siècle, qui marque le début de la colonisation esclavagiste menée par des élites marchandes avec le soutien de la monarchie. Il s’agira dans un premier temps de voir comment les termes de race, mais aussi de sang, auquel le premier est initialement étroitement lié, sont utilisés, avant même le début de la colonisation. Depuis quand et comment les sources utilisent-elles des expressions telles que « noblesse de sang », « noblesse de race », « race des Carolingiens »… Quels sont les usages de ces termes dans le discours religieux, nobiliaire, zootechnique ? Quelles sont les grammaires de l’usage du mot race avant même que l’esclavage ne se développe dans les colonies françaises ?

Le développement de l’esclavage colonial et l’arrivée de personnes « non-blanches » sur le territoire du Royaume de France créent-ils des usages nouveaux du terme, selon quelle fréquence ? Avec le développement des enfants nés de la fréquentation légitime ou non entre personnes d’origine européenne et personnes africaine ou d’ascendance africaine, l’expression « sang-mêlé » est largement employée dans les colonies, mais aussi dans le Royaume de France.

Alors que le terme de race semble assez peu utilisé dans les sources portant sur les colonies avant la Révolution française, son usage devient beaucoup plus fréquent après celle-ci. Quelles incidences le développement des idées abolitionnistes a-t-il sur l’usage du terme « race » ? Lors de la première (1794), puis de la seconde abolition (1848) la mise en place de la citoyenneté pour les libres de couleur puis pour les esclaves aurait dû supprimer la hiérarchie juridique selon la couleur de peau. Le développement de l’usage du terme de « race » dans les sources portant sur les colonies n’est-il pas la manifestation de la mise en place d’un nouveau système de domination inégalitaire, fondé sur des inégalités supposées « naturelles entre les hommes » ? On reviendra aussi sur le jeu complexe des présences et des absences de la catégorie de race, au cours de ce qui constitue à la fois le moment maximal de l’institutionnalisation et de la diffusion d’un savoir anthropologique sur les races humaines, de la banalisation de la catégorie de race pour décrire les groupes humains dans l’espace public, et, en parallèle, une nouvelle phase de colonisation, fondée sur un modèle d’exploitation et de domination non-esclavagiste, entre la colonisation de l’Algérie (1830) et l’apogée de l’empire colonial français sous la 3e République.

La période qui suit la 2de Guerre mondiale et les politiques ouvertement racistes de la période vichyste et exterminatrices de l’occupation allemande, ainsi que la phase de décolonisation qui s’ouvre dans les années 1950-1960 sont marquées par un ensemble de transformations, complexes, ambiguës, et encore relativement mal étudiées, notamment pour le cas français, des usages antérieurs de la notion de race. D’un côté, les usages antérieurs de la race se trouvent remis en cause, au nom de la science, certains prônant l’abandon d’un terme liée aux pires idéologies du xxe siècle ; d’autres estimant qu’il convient de distinguer entre un usage scientifique, légitime, refondé autour de l’étude des groupes sanguins et la génétique, de ses détournements idéologiques et politiques. Comme diverses études le montrent désormais, on est loin d’une remise en cause unanime de la notion de race du côté des sciences biomédicales dans les années 1950-1960. Si le concept se transforme effectivement, et se trouve particulièrement remis en cause dans les années 1970-1980, les usages perdurent et le retour d’une conception biologique de la race, particulièrement marqué Outre-Atlantique depuis les années 2000, doit être situé dans cette perspective. D’un autre côté, le terme est aussi approprié par les sciences sociales qui, notamment dans la suite des enquêtes lancées par l’UNESCO après 1945, se focalisent sur les rapports sociaux entre des races avant tout définies par des mécanismes sociologiques et sur le racisme entendu dans un sens large de discriminations, stigmatisations ou préjugés liés à un certain nombre de caractères essentialisés et naturalisés. En parallèle, une série de mouvements défendant un « racisme anti-raciste » ou un « racialisme » stratégique se développent, qui font de la race une arme (à double tranchant, peut-être) dans un combat politique pour l’émancipation et la reconnaissance. Il s’agira d’examiner certains des enjeux et des problèmes liés à ces évolutions.

Il s’agit par la diffusion de connaissances scientifiques de déconstruire la scientificité du concept de race et de ses hiérarchies en analysant dans les sources comment ces mécanismes se sont mis en place. Il s’agit d’analyser la manière dont depuis des décennies, les sciences sociales, mais aussi les sciences exactes luttent pour déconstruire, mais aussi, parfois, reconstruire la catégorie de race.
Ces rencontres s’intègrent dans le Grand séminaire d’histoire des Outre-mer, séminaire annuel entre des chercheurs de l’hexagone et de l’Outre-mer qui dans sa programmation pluriannuelle s’intéresse aux questions de la couleur et la race. Lors de son avant-dernière session en Martinique en 2016, le séminaire s’était interrogé sur l’articulation entre couleur et liberté.

Ce Grand séminaire d’histoire des Outre-mer devra permettre les échanges entre historiens, anthropologues, philosophes, historiens de l’art, juristes, généticiens, biologistes. Il se limitera au cas français, mais les comparaisons avec d’autres exemples seront les bienvenus.

Le Grand séminaire d’histoire des Outre-mer se veut un lieu d’échanges entre chercheurs, mais aussi avec tous les publics.

Programme

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Programme du colloque

Vendredi 24 janvier 2020 | 8 h 45 – 12 h 45

Salle Dussane
École normale supérieure
45, rue d’Ulm, Paris 5e

Présentation du colloque
Intervention des personnalités

Race et sang dans les dictionnaires et imprimés (xviiie-xixe siècles)

Elie Haddad, CRH (CNRS, EHESS)
Sang, race, ancienneté : distinction et conflits de légitimité dans la noblesse française au xviie siècle
Discutant : Jean-Frédéric Schaub, EHESS,

Érick Noel, université des Antilles
Du sang au sang mêlé : les occurrences d’un terme et de ses dérivés dans la production littéraire des Lumières
Discutante : Marion Godfroy, chercheuse associée à l’IHMC (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).

Pierre Serna, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
La question de la racialisation et l’animalisation des Africains dans les dictionnaires d’histoire naturelles de 1765 à 1844 à partir d’une étude sémantique des entrées.
Discutant : Pierre Boulle, université McGill, Montréal,

Christy Pichichero, George Mason University
Race, pouvoir, et intersectionnalité en France au xviiie siècle
Discutante : Silyane Larcher, CNRS

L’usage de la race dans les colonies esclavagistes françaises (xviie-xixe siècles)

Frédéric Régent, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Usage du terme race dans les sources des Antilles avant l’abolition de l’esclavage
Discutant : Jean-Paul Zuniga, EHESS.

Bruno Maillard, chercheur associé à l’université de La Réunion
Usage du terme race aux Mascareignes avant l’abolition
Discutante : Anne Lafont, EHESS

Samedi 25 janvier 2020 | 8 h 45 – 12 h

Amphithéâtre II B
Centre Panthéon, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
12 place du Panthéon
Paris 5e

La race en France au xixe siècle

Claude-Olivier Doron, université Paris-Diderot
La race chez les libéraux et les saint-simoniens dans le 1er xixe siècle en France
Discutant : Bernard Michon, université de Nantes

Carole Reynaud-Paligot, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
La racialisation de l’identité nationale : la race gauloise au xixe siècle
Discutant : Clément Thibaud, EHESS

Race et deuxième empire colonial

Éric de Mari, université de Montpellier
La race dans le droit colonial du second empire colonial
Discutant : Fredrik Thomasson, Uppsala University, Suède

Christelle Lozère, université des Antilles
L’usage de race dans l’exposition des colonies fin xixe début xxe siècle.
Discutant : Jean-François Klein, université du Havre

L’usage du mot race dans les « vieilles colonies » avant 1939

Dominique Chathuant, chercheur associé au CERHiC, EA 2616 (URCA-université de Reims)
Les parlementaires noirs, la race et le sang, au premier xxe siècle
Discutante : Cécile Bertin, université des Antilles,

Caroline Seveno, université des Antilles
Le milieu enseignant en contexte colonial et l’usage du mot race d’après le rapport du congrès intercolonial de 1932
Discutant : Vincent Cousseau, université de Limoges

Samedi 25 janvier 2020 | 14 h 30 – 18 h 30

Amphithéâtre II B 
Centre Panthéon, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
12 place du Panthéon
Paris 5e

La race sans le racisme

Anne Ulrich-Girollet, université de Bourgogne
L’usage du terme race dans les écrits de Schoelcher
Discutant : Emanuelle Sibeud, Université Paris 8

Claude Blanckaert, CNRS
Race sans racisme ? Les dialectiques du Musée de l’Homme (1930-1960).
Discutant : Alain Froment, Muséum d’Histoire naturelle

Sortir de la race après 1945

Angéline Escafré-Dublet, université Lumière Lyon 2
Pratiques de distinction. L’identification des Français musulmans d’Algérie dans les recensements de 1954 et 1962.
Discutant : Jean-Luc Chappey, université Paris 1 Panthéon-Sorbonn,

Pierre Darlu, Muséum national d’Histoire naturelle, CNRS
Du sang à l’ADN, qu’en est-il de la race ?
Discutante : Magali Bessone, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Conclusions

Jean-Luc Bonniol, université Aix-Marseille
Claude-Olivier Doron, université Paris-Diderot

Publié le 8 janvier 2020, mis a jour le mercredi 22 janvier 2020

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Institut d'histoire moderne et contemporaine
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